Domaine de Beudon, Les Vignes dans le Ciel.

Vignoble:

Superficie du Domaine: 
6.00 hectares

Mercredi 3 juillet - vendredi 5 juillet 2013.

Rencontre avec Marion & Jacques Granges - Valais - Suisse.

Je m’échappe de la Liaudisaz... Je ne suis pas en avance, le RDV à la benne de Beudon est prévu à 17h30... Ca ne va pas être facile d’être à l’heure!?
Oui!, le comble de l’histoire, c’est que moi qui m’était promis de ne pas utiliser de moyens mécaniques pour aller au sommet d’une montagne, c’est pour rejoindre un domaine que j’y suis obligé??? en tout cas mes affaires! Ouf! l’honneur est à moitié sauf?!

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Le Domaine de Beudon, c’est un vieux village Valaisan perché, un lieux unique, un jardin d’Eden, sans autre accès que son sentier escarpé et son téléphérique... L’île d’altitude de Marion et Jacques Granges.

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Le Domaine occupe 6 hectares, accidentés et pentus... 6 hectares de vignes, où les plantes arômatiques de Marion se sont faites une petite place, les abeilles une toute petite place, mais le lien essentiel entre tout...

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C’est au tout début de mon périple que l’idée d’aller à Bedon m’est soufflée... Un “Le Rouge et le Blanc“ à la main, Anne et Pierre-André Deplaude me disent “Tu ne peux pas faire un voyage comme le tien et ne pas aller là-haut!”
Coordonnées en poche, c’est bien plus tard que je tente un coup de file... Marion est ravie de m’accueillir, la description du domaine, entre vigne, potager, verger, plante médicinale et abeille, ne peux que m’ emballer... Peut être la vie comme je la rêve au fond de moi?!

p7087568.jpgBeudon, c'est cette île de verdure, perchée au dessus du Torrent et de la falaise...

Me voilà au Téléphérique de Beudon, un caveau originale il faut l’avouer!

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Le temps de signaler que je suis bien arrivé grâce au téléphone d’époque et Jacques rentre d’une course pour m'accueillir. Le regard rieur, la barbe de la sagesse, Jacques me fait tout de suite remarquer avec l'accent Suisse, un poil moqueur, qu’adossé à sa benne, mon vélo “spéciale” risque de faire sacré vol... mais c’est à moi de voir!? Je remet tout en ordre, charge mes affaires juste à temps! la benne s’envole, en réponse à celle qui redescend chargée des ouvriers de l’exploitation.

Si mes affaires prennent avec Jacques le téléphérique, je prend la sente de Beudon, qui rejoins la maison, à travers la falaise, la gorge et les vignes. Un effort nécessaire malgré la pluie, pour mieux appréhender la particularité de ce lieux. Voir avec quelle rapidité on passe d’un univers à l’autre, d’une végétation à une autres en quelques pas. Arrivé là-haut, le pluie tenace ne nous permet pas vraiment de faire le tour des vignes.

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Marion, Jacques, mes affaires et Joshua, un jeune stagiaire me saluent.

Le lieu est juste magique, le chalet de bois surplombe les vignes, un vieux cerisier pour fêter l’été et l’arrivée des fruits ombrage la terrasse du bas. Des chattons gambadent dans cet univers entre grange et jardin. Les fleurs aux couleurs variées ont comme seul ordre celui imposé par la nature.

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Jacques tient tout de même à me présenter ses Gamay, ceux qui trônes à 890 mètres d’altitude, au sommet du domaine... Le temps de m’expliquer ce qui est un peut le fondement de sa réflexion sur la conduite établit au domaine... La GLOMALINE...

Cette glycoprotéine (= sucre associé à une protéine)  emblématique de la symbiose, racine-mycorhise. Une substance qui permet au sol d’avoir une structure idéale, stable et bien pourvu en eau. Pour lui, herbe et vigne sont non seulement non-antagoniste mais essentielles l’une à l’autre.

La pluie ne veut pas s’arrêter, nous rejoignons Marion aux fourneaux et entamons une longue dégustation des vins du Domaine. Tout y est vinifié sans levurage externe. Ce sont les pieds de cuve qui lance les fermentations.

Après un super repas, ce lieu calme m’offre une nuit très récupératrice. Le lendemain matin, Jacques m'emmène à travers ses vignes et les milles et une facettes de son île. Il aime à dire qu’il y réside en vacancier perpétuel.

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L’histoire de Beudon est longue. Jacques rachète le domaine en 1971, pour une aventure viticole hors norme dans le sens premier du terme. Son prédécesseur, un homme aussi très “originale” avait réalisé de nombreux travaux et organisé l’irrigation dans le vignoble. Sur ce domaine, plein sud, les sols de loess et moraine pauvres sont souvent très séchards et difficiles pour la vigne. Comme dans tout le Valais, l’irrigation des vignes est une pratique courante.

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Planté en densité élevée telle que la “norme” Valaisanne l’impose, Jacques n’y trouve là rien de pertinent. Il aime bousculer l’ordre établit, et s'affranchit des règles d’usage. Il réfléchit et expérimente longuement un système de conduite qui lui permette de vivre dignement de son exploitation. D’avoir un impact le plus limité possible. De limiter l’érosion des sols.

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La conduite en vigne “haute”, basse densité et enherbée intégralement lui apparait la seule manière de travailler. Dans une telle démarche, le talent de vigneron va de paire avec des talents de mécanicien... de géotrouvetout. Si Jacques les possède il sait également s’entourer de talent encore plus géniaux. Mr Martin Shwarz, inventeur en tout genre participera grandement à l’émancipation géniale des engins dont Bedon regorge. Outre la micro-centrale hydroélectrique qui fournit l’électricité de Beudon, le SUZUKI customisé d’un bras “tracteur” sont de ses oeuvres... Ce bras lui permet d’installer tous les système de tonte, “plante-piquet” et autre dans les zones les plus pentues... à la seule force électrique.

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Beudon, une harmonie en Biodynamie...

La lutte Bio et la pratique de la Biodynamie sont également le fruit d’un long cheminement... marqué d’échecs, de nombreux essais et de belles réussites.

Les conseils avisés de Mr Podolinski, maitre Australien de la Biodynamie ont permis à Jacques de rétablir l’équilibre qui lui est cher entre théorie et pratique efficace.
Pionniers de la Biodynamie dans le Valais, Jacques et Marion ne changeraient pour rien au monde leur manière de travailler.

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Lorsque l’on parle “Bio ou Biodynamie”, la discussion devient souvent plus tendue, le rictus du ridicule parfois bien marqué ... les avis sont diverses, souvent assez arrêtés, dans les deux sens.

Je ne suis pas sectaire dans ce domaine... Je respecte le choix d’utiliser des produits phytosanitaires de synthèse, à partir du moment qu’elle est "raisonnée", "sensée" et autorisée. Cette pratique dite “conventionnelle” me semble en faite très “court termiste” et illusoire dans pas mal de cas.
Elle apporte une facilité de travail non négligeable et permet il ne faut pas se le cacher une meilleur rentabilité à des exploitations qui une fois bien établit peuvent se tourner vers des pratiques aux marges de manoeuvre plus restreintes telles que le Bio ou la Biodynamie.
Je suis convaincu qu’une réflexion globale sur le fonctionnement d’une plante, de son interaction avec le sol est nettement plus passionnante et la vraie donnée à maitriser. L’enjeu n’est pas de contrôler le mildiou et l’oïdium... La plante, soutenue par le cuivre et le soufre se suffisent dans quasiment tous les cas. L’enjeu est de comprendre quel système de conduite je mène en fonction de mon objectif de production et de la qualité souhaité... arriver au bon équilibre vigueur, fertilité, occupation du sol.
C’est dans ce sens que le travail réalisé par Jacques est remarquable, emprunt d’un bel esprit agronomique et pionnier.

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Un grand vin est pour moi plus qu’une extase de nos papilles lors d’un bon moment entre amis, c’est aussi l’histoire qu’il véhicule et l'expression du savoir faire de celui qui en est à l’origine.

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Passé ces considérations philosophiques et théoriques, il est temps de courber l’échine et de se mettre au travail!... Le soleil à remplacé la pluie et les Thym sont près a être ramassés. Dans une atmosphère très aromatique... c’est très originale et agréable, nous cueillons poignée après poignée le Thym là où la machine ne peut passer.

La cueillette du thyn se prolonge jusqu’à tard le soir, une expérience originale pour un voyage à travers les vignobles de montagne.

Je dois partir tôt le lendemain... Logistique Mont-Blanc oblige !.

Les histoires toujours extraordinaires de Jacques et Marion ont raison de ma volonté?!? Un problème à la zone de captage de la microcentrale est une bonne occasion d’aller y faire un tour... Quinze minutes de marche escarpées et Jacques trouve à chaque virage, une Orchis ou autre plante rare et extraordinaire à me montrer...

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Sans oublier le méga scret’spot “porte bonheur” de Beudon... des Trêfles à quatre, cinq, six feuilles en veux-tu en voilà, posés à-même le sentier...

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Un peu de mécanique, de nettoyage de crépines et je me laisse resdescendre vers la plaine... Il est déjà midi passé... Une autre étape entre ciel et terre m’attend... Le sommet du Mont-Blanc.


Domaine de Beudon version dégustation.

Comme pour les autres domaines je ne reprendrai que quelques vins dégustés... Au gré de mes surprises et de mes coups de coeur.

Les Blancs...

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“Fendant” 2011
Un fendant tout en harmonie. Le nez minéral et florale laisse en bouche la même finesse soutenu par une belle tension.
Magnifique Fendant.

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“Riesling x Sylvaner” 2004
Un nez étonnamment aérien, arômatique, frais, d’agrumes et de fleurs blanches. D’une élégante ouverture et expression.
La bouche est sur le même notes de fraicheur. La tension est superbe et soutien les notes de fruits et de miel. Pas la moindre trace d’oxydation pour ce vin de presque 10 ans.
Un coup de coeur pour ce vin géniale , d’une grande puissance et finesse.

Je dois avouer être surpris par ce cépage “Riesling x Sylvaner” qui est en fait le Muller Thurgau, ce cépage des hautes latitudes et altitudes que j’avais à tord relégué au rang de cépage d’ intérêt moyen.

Un 2001 m’accompagnera jusqu’en haut du Mont-Blanc... Tout aussi joli.

Les Rouges...

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“Gamaret” 2010
Tout en rondeur, les notes de fruits noirs légèrement confiturées sont flatteuses.
La bouche est sur la même trame, rondeur élégance, matière.
Trop tape à l’oil aux regard de Jacques, je persiste à dire que moi j’aime. Un magnifique vin.

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“Diolinoire” 2009
Une tendance également flatteuse pour ce Diolinoir 2009... L’année y est pour beaucoup. Le fruit n’a rien perdu de sa fraicheur et les notes légèrement épicées viennent clôturer ce joli nez. La trame en bouche est plus tendue et les tanins peut être un peut moins soyeux que pour le Gamaret.

Je ne peut pas écrire cet article sans mentionner LE Gamay de Jacquy...

“Gamay” 2006
Un nez subtile et aérien, le style dénote et pinote par rapport à ses deux prédécesseurs.
Le fruit n’a rien perdu de sa fraicheur en bouche. L’équilibre de ce vin est remarquable. Sa finesse également. Le Chouchou de Jacquy.

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Alors ce n’est pas après deux jours dans les vignes escarpées de Beudon que je peux porter un regard objectif... Mon récit et mes mots n’en avaient pas la prétention... vous l’avez senti, ce que j’y ai vu et ressenti m’a plu, m’a conquit, m’a simplement touché. Une démarche faite d’engagement et d’humilité, pour respecter l’harmonie d’un lieu généreux et unique... Beudon.

Merci pour votre accueil chaleureux.

www.beudon.ch

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